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Quand l’art, le handicap et le numérique se rencontrent dans des « Corps Tangibles »

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illustration de l'actualité : Corps Tangibles

Récompensé par un prix de la Fondation AFNIC pour la solidarité numérique en septembre dernier, « Corps Tangibles » est un dispositif scénique interactif qui mêle art numérique, danse et théâtre gestuel. Au travers de 10 tableaux poétiques, des interprètes en situation de handicap embarquent les spectateurs dans un voyage poétique qui questionne la représentation sociale, le complexe et l’interaction entre différents corps de la société. Rencontre avec Maflohé Passedouet, fondatrice de la compagnie Mobilis-Immobilis, auteur et metteur en scène de « Corps Tangibles ».

  • Quel est l’apport du numérique dans ce spectacle ?

Le dispositif imaginé se veut le réceptacle de l’expression de plusieurs corps singuliers, qui interagissent au-delà de la seule apparence. Il y a donc d’un côté un écran, qui projette des repères visuels et sonores, et de l’autre des interprètes qui réagissent et interagissent avec ces éléments numériques, comme un jeu d’ombre. La singularité du spectacle tient aux interprètes : ce sont des personnes en situation de handicap, notamment atteintes d’autisme. 

Ces personnes, habituellement assez introverties, oublient leurs propres corps grâce à cette installation et osent. Ils s’imposent sur la scène et mènent la danse, mêlant ce qu’ils ont appris en répétition et improvisation. Le numérique stimule ici leurs sens, amplifie leurs gestes, les prolonge. C’est donc un véritable outil de création de lien social, car le handicap s’efface au profit d’un corps qui n’est plus soumis aux jugements, à la représentation sociale. 

  • Comment les interprètes appréhendent-ils leur rôle ?  

Avant de monter sur scène, nous avons organisé plusieurs résidences avec les interprètes, leurs éducateurs mais aussi les autres membres de l’équipe, notamment le danseur et le compositeur, le musicien. Les interprètes ne sont pas des professionnels, et nous avons beaucoup travaillé pour qu’ils s’approprient le dispositif. Bien sûr, l’installation laisse une grande part à l’improvisation car leur représentation dans le monde n’est pas figée, bien au contraire. 

Dans chaque tableau on retrouve la personnalité de son interprète, afin qu’ils prennent aussi plaisir à jouer. Par exemple, Nicolas a toujours rêvé d’être météorologue. Dans son tableau, il évolue dans un monde de constellations, et dans cet univers-là, il parle plus que dans son quotidien. On a aussi découvert des talents cachés ! François a une voix d’opéra, tandis que Corinne est une personne d’une grande sociabilité.

L’expression du handicap par l’art numérique a permis à ces personnes de communiquer d’une manière nouvelle, mais aussi d’appréhender le futur différemment. Leur mobilité a changé, mais aussi leurs projets ! 

  • Quelle est la suite envisagée pour « Corps Tangibles » ?

Jusqu’à aujourd’hui nous avons essentiellement reçu des financements privés pour monter et développer ce projet de spectacle. Notre volonté première est de rémunérer les interprètes pour le travail qu’ils font en tant qu’artistes, même si cela reste une rémunération d’honneur.

Nous avons ensuite plusieurs idées. D’abord, une mallette pédagogique est en cours de création. Elle contiendra un ordinateur, une caméra kinect, un vidéoprojecteur  et les différents programmes des tableaux du spectacle. Le but est de pouvoir la mettre à disposition de structures afin que chacun puisse s’approprier les scènes et confronter son corps, sa présence avec d’autres éléments. Une dizaine de structures en Ile-de-France sont intéressées pour faire des ateliers de découverte de l’installation. Nous proposons également des « workshops » de plusieurs jours, qui demandent un travail plus profond. On peut même monter un petit spectacle durant ces quelques jours avec restitution à la fin.

Enfin, nous souhaiterions aussi faire évoluer  le spectacle, en recommençant l’expérience d'une résidence puisque du temps a passé depuis la dernière représentation publique.

Le fil rouge de ces différents projets reste de permettre à chacun d’exprimer sa créativité, de se sentir exister dans la société, de redécouvrir l’humanité dans un monde hyper-connecté.

 

 

Le spectacle « Corps Tangibles » est en recherche de lieux (structures, festivals…) pouvant l’accueillir pour des représentations. Si vous souhaitez avoir plus de renseignements, contactez Maflohé Passedouet (mobilis_immobilis@yahoo.fr

 

Pour en savoir plus : 

- Le site Mobilis Immobilis

licence creative commons CC BY SA

- Publié le : 10 novembre 2016 - Partager cet article : Logo Facebook Logo Twitter