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EPN en milieu rural, le service public de médiation numérique au quotidien par excellence

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Si une personne cherche un lieu ressource pour s’informer ou répondre à un problème concret lié à l’utilisation des outils numériques, c’est très vraisemblablement dans un Espace Public Numérique qu’elle se rendra. En effet, grâce à une présence importante sur le territoire, les EPN (qui peuvent être désignés par d’autres sigles comme EPI ou ERIC selon les régions) occupent une place essentielle dans l’offre de médiation numérique qui se présente aux citoyens, surtout dans les territoires ruraux. Si la vocation de ces lieux reste la même, le rôle des médiateurs numériques qui les animent a profondément changé depuis la création des premiers EPN il y a vingt ans. Mais concrètement, que fait-on dans un EPN en 2016 ? Pourquoi un EPN apporte plus qu’il ne coûte à la collectivité ? Entretien avec Garlann Nizon, animatrice du réseau des EPN de la Drôme et de l’Ardèche, deux départements volontaristes en la matière.

Vous assurez une mise en réseaux des EPN et formez leurs animateurs sur deux départements. Pouvez-vous expliquer les services qu’un EPN propose à la population en 2016 ?

Une Espace Public Numérique est un lieu ouvert dans lequel un médiateur numérique accompagne les citoyens à mieux s’approprier la pratique et le potentiel offert par les outils numériques. Animer un EPN, c’est à la fois proposer une programmation sous forme d’ateliers thématiques et apporter des réponses personnalisées aux questions concrètes que l’on vous pose.

Donc on trouve à la fois dans un EPN une personne souhaitant apprendre à utiliser Skype pour communiquer avec sa famille et une personne attirée par un atelier intitulé « Comment parler des risques d’Internet à un adolescent sans avoir l’air d’un dinosaure ! »

Il s’agit du dénominateur commun à tous les EPN, mais certains développent des expertises plus spécifiques comme devenir un InfoLab pour aider le public a s’approprier l’Open data, accompagner des collectifs de citoyens sur de la conduite de projet…

Qu’est-ce qui amène le public à franchir la porte d’un EPN aujourd’hui ?

En premier lieu, il y a une très forte demande d’accompagnement pour réaliser des formalités administratives ou des recherches d’emploi. Il y a une nette augmentation de ce type de demandes depuis que l’inscription à Pôle Emploi ne se fait que sur Internet ou qu’il est question de passer à la déclaration d’impôt dématérialisée à 100%. Cela passe en dessous des radars médiatiques mais cela génère un stress important chez beaucoup de gens qui se sentent incapables de prendre ce virage.

Par ailleurs, la demande s’est diversifiée avec la transformation numérique de la société. L’EPN est, surtout en territoire rural, le seul lieu ressource pour s’informer sur tout un tas de sujets : l’addiction aux jeux en réseau, la protection des données personnelles…

Et puis, naturellement, il y a des demandes plus légères mais tout aussi ancrées dans le quotidien : comment transférer ses photos de vacances, créer un fichier PDF, poster une annonce sur Leboncoin.fr…

Il peut aussi y avoir d’autres profils de publics professionnels, plutôt des artisans, des gîtes ou des sites touristiques, recherchant un accompagnement pour les aider à gérer leur présence en ligne.

Mais attention, en présentant le service rendu par un EPN uniquement comme des réponses aux questions posées par les usagers, on passe à côté d’une part essentielle de ce que peut apporter un médiateur numérique. C’est ce qui est plus difficile à expliquer, aux financeurs notamment. A partir d’une entrée en matière numérique, l’animateur est en mesure d’apporter un accompagnement plus global aux citoyens. Si vous vous rendez dans EPN pour une recherche d’emploi, l’animateur vous parlera des sites de covoiturage pour que vous puissiez vous rendre à votre entretien en réduisant les coûts, ou vous montrera des plateformes de formations en ligne. Le médiateur numérique est un artisan de la transformation numérique de la société car il aide les citoyens à saisir les opportunités qu’offrent ces outils.  

Par ailleurs, c’est lié, les EPN sont aussi des lieux d’acculturation au numérique. On peut y venir en cas de problème lors du passage à une nouvelle version de Windows et y découvrir l’outil Linux, aborder le Libre et la question des « communs ». Donc, en toute neutralité, l’animateur aide à décrypter la société d’aujourd’hui dans son versant numérique.

Les EPN en milieu rural répondent-ils à des besoins spécifiques ?

Pour le public, il y a une vraie problématique d’accès aux services publics. Certains EPN sont également des «Maison des services publics », c’est à dire des postes avancés dotés d’un animateur mutualisant, sur un même lieu, un premier niveau d’information sur plusieurs services publics : Pôle emploi, la Caisse d’allocations familiales, la Carsat (régime général de l’assurance retraite) et le Conseil Départemental.

De plus, il y a des exemples d’EPN qui ont pris toute leur place dans la vie et l’animation sociale de leur village, répondant ainsi au vide laissé par la fermeture des commerces et bistrots par exemple. Parmi ceux-ci, l’EPN de Saint-Nazaire-le-Désert dans la Drôme est un lieu mutualisé : à la fois EPN, bibliothèque, bureau postal communal et office du tourisme.

Autre exemple, l’EPN de Saint-Julien-en-Quint dans la vallée du Diois a pris place dans une maison à l’abandon réhabilitée pour l’occasion ; une vraie démarche volontariste dans un secteur avec beaucoup de résidences secondaires. Petit à petit, l’EPN a cristallisé d’autres projets : un relais médiathèque, un groupement de commandes d’épicerie bio, une ludothèque… Alors qu’il n’y avait plus grand chose dans ce village, on y trouve désormais un vrai lieu de vie autour duquel sont organisés des soirées, un marché… On s’éloigne du numérique à proprement parler mais on est justement dans ce que peut apporter un EPN, notamment en milieu rural. Ils sont de plus en plus des lieux de vie, de brassage… des Tiers-lieux.

A quels défis font face les EPN aujourd’hui ?

Il y a d’abord un défi financier car certaines collectivités coupent les budgets et ferment ces lieux, mais ce n’est pas la seule difficulté. Il faut savoir se remettre en question et se réinventer car les besoins et les outils évoluent sans cesse. Pour les animateurs, le défi est bien sûr d’être en veille permanente et de se former pour suivre et continuer à apporter un même niveau de service. 

- Publié le : 26 août 2016 - Partager cet article : Logo Facebook Logo Twitter