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Avec les Civic Tech, entrez dans l’ère de la démocratie 2.0

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Raviver la participation politique et citoyenne à partir de son smartphone, l’idée semble séduisante sur le papier bien que jusqu’ici quelque peu utopique. Pourtant, depuis quelques temps, les « Civic Tech », des plateformes citoyennes en ligne, prennent de plus en plus d’ampleur. Dans le sillage de l’économie collaborative, la démocratie collaborative s’annonce comme un nouveau levier d’expression citoyenne pouvant impacter profondément les pratiques démocratiques. L’objectif ? Enrichir la démocratie représentative actuelle d’un volet participatif dans un contexte marqué par une forte abstention électorale. Coup de projecteur sur ce secteur en pleine ébullition.

Permettre un engagement démocratique différent à l’heure du numérique

Le constat d’un essoufflement de la démocratie représentative n’est pas nouveau. Pour  Pia Mancini, une politologue argentine qui a notamment créé DemocracyOS, l’enjeu est aujourd’hui de « faire fonctionner des institutions qui ont été conçues au XIXe siècle et sont basées sur un support d’information qui remonte au XVe siècle ». En toile de fond se profile donc la question de l’adaptation de la démocratie à l’heure d’internet.  En effet, la participation politique ne se cantonne plus exclusivement aux élections dans la mesure où internet permet de faire entendre la voix du citoyen. Le récent mouvement des Civic Tech entend donc faire évoluer le schéma vertical du rapport entre les élus et le peuple vers une démocratie 2.0 plus éclairée et plus participative.

Ce mouvement désigne l’ensemble des initiatives individuelles ou collectives, publiques, privées ou associatives cherchant à renforcer l’engagement citoyen, la participation démocratique et la transparence du système politique via les outils du numérique. La plupart de ces initiatives, collaboratives et le plus souvent apolitiques, ont en commun de vouloir rénover la démocratie et d’améliorer son fonctionnement en :

  • rendant transparent ce qui se passe habituellement en coulisses,                                              >
  • encourageant les citoyens à participer à la vie politique,                                               
  • responsabilisant davantage la classe politique.

Un accès à l’information politique facilitée

Afin de promouvoir une vie politique plus transparente et plus inclusive, de nouveaux acteurs comme nosdeputes.fr donnent aux citoyens des outils pour suivre le travail de leurs représentants. Le site lafabriquedelaloi.fr propose quant à lui d’entrer dans les coulisses de la fabrication de la loi garantissant à la fois une certaine transparence sur le processus et une prise de responsabilité des parlementaires. De plus en plus d’initiatives se consacrent également à l’information sur l’action des élus et proposent de décoder la vie politique. Partant du postulat qu’il est compliqué parfois de s’y retrouver dans les différents programmes politiques, la plateforme Voxe permet de comparer en quelques clics les idées et promesses de candidats sur un même thème. Une manière d’informer les citoyens efficacement en agrégeant des informations fastidieuses à réunir. Créée en 2012, la plateforme s’est déjà illustrée sur 23 élections, dans 16 pays et a éclairé près de 4 millions de citoyens avant le vote. En France, le site a couvert les grands scrutins depuis 2012 et proposera un nouveau module pour les élections présidentielles de 2017 permettant aux internautes de poser des questions aux candidats si la question est soutenue par au moins 200 utilisateurs.

Des citoyens acteurs de la vie politique 

Les Civic Tech ambitionnent de faire du citoyen un acteur à part entière de la vie publique. Soit en lui offrant de nouvelles manières de s’emparer des enjeux et de peser sur le débat public, soit en lui facilitant les échanges avec les élus. L’application mobile Fluicity, par exemple, réinvente la démocratie locale en proposant aux citoyens de s’impliquer concrètement dans la vie de la cité. En pratique, les habitants sont invités à s’exprimer sur des sujets très concrets tels que l’état du trafic routier, la pollution, la voierie. Ils peuvent également donner en temps réel leur avis sur les propositions de la collectivité, signaler un dommage dans leur rue ou tout simplement suggérer une idée. Fluicity propose également un fil d’actualité enrichi en temps réel par la mairie, les associations et les médias locaux afin de diffuser les prochains événements de la ville. 

En parallèle, d’autres applications proposent d’inclure davantage les citoyens en leur offrant de nouvelles tribunes virtuelles. La plateforme Parlement et citoyens propose de participer à l’élaboration de la loi. En amont, les citoyens peuvent rechercher collectivement les causes et les solutions à un problème posé par un parlementaire. Une phase de débat s’ouvre ensuite visant à mettre en discussion les points de désaccord sur les causes et solutions publiées sur la plateforme. Le citoyen peut également soutenir publiquement la proposition de loi afin d’aider le parlementaire à négocier son inscription à l’ordre du jour des débats à l’Assemblée ou au Sénat. La plateforme est également une véritable « boîte à idées législatives » puisqu’elle propose de soumettre librement des sujets qui seront portés à la connaissance des parlementaires. 

C’est d’ailleurs sur ce schéma qu’a été construit en grande partie le projet de loi pour une République Numérique. Après 3 semaines de consultations sur la plateforme republique-numerique.fr, 21 000 participants et plus de 8 000 contributions, le texte a été largement amendé et augmenté. Au total : 10 nouveaux articles ont été créés dont 5 nés de la consultation et près de 90 contributions ont été intégrées. Ce premier bilan montre que la consultation en ligne sur un projet de loi constitue une piste prometteuse qui mène à  un exercice complémentaire d’expression démocratique. Elle permet à la fois une implication très nouvelle des citoyens et une plus grande légitimité de la prise de décision politique.

La démocratie 2.0 semble désormais en marche. En pleine croissance, les Civic Tech ne cessent de se développer et sont loin de se limiter aux quelques initiatives citées ici.  De nouvelles plateformes comme Avaaz ou Change.org se chargent par exemple de recueillir des signatures et de faire circuler des pétitions afin d’interpeller les pouvoirs publics. A l’approche du scrutin présidentiel de 2017, nul doute que ces initiatives gagneront en visibilité. La révolution des Civic Tech ne fait donc que commencer.

 

Pour aller plus loin : 

L’actualité des Civic Tech sur le site Civictechno et sa page Facebook

Les applications présentées  dans cet article : DemocracyOS, nosdeputes.fr, lafabriquedelaloi.fr, Voxe, republique-numerique.fr, Fluicity, Avaaz, Change.org, Parlement et citoyens

Vous avez connaissance d’autres initiatives dans ce domaine ? N’hésitez pas à nous contacter par mail à mednum@otempora.com pour compléter cet article.

 

- Publié le : 26 août 2016 - Partager cet article : Logo Facebook Logo Twitter